Les étapes du crime – L’arrestation des Juifs à Sdolbounov (Ukraine)

Hermann Graebe à Sdolbounov, 1941. ©Yad Vashem

Hermann Graebe à Sdolbounov, 1941. ©Yad Vashem

Source : Archives fédérales allemandes BAL B162-5211.

Déclaration d’Hermann Friedrich Graebe du 29 janvier 1960 dans le cadre du procès mené par le parquet de Dortmund concernant les crimes de masse perpétrés dans le Gebietskommissariat Dubno, en Volhynie-Podolie, Ukraine occidentale. Hermann Graebe était un industriel allemand en poste dans la région de Rivne. Grâce à son entremise plusieurs centaines de Juifs des environs survécurent à l’occupation allemande. Il fut témoin de nombreuses actions d’extermination, notamment ici à Sdolbounov. Environ 1 500 Juifs vivaient dans la ville lors de l’arrivée des Allemands. Le ghetto dura environ six mois. Le 13 octobre 1942 les autorités occupantes organisèrent sa liquidation. En tout, entre 1941 et 1942, plus de 2 000 Juifs furent tués à Sdolbounov. Pour un historique du génocide à Sdolbounov, voir Encyclopedia of Camps and Ghettos, 1933-1945, Vol. II « Ghettos in German-Occupied Eastern Europe » Part A, United States Holocaust Memorial Museum, Indiana University Press, 2012; pp. 1504-1505.

« Je me souviens encore de l’Aktion à Sdolbounov le 13.10.1942. J’en avais déjà entendu parler avant, et, si je me souviens bien, je me rendis le matin à la poste. J’entendis des tirs. A côté de la gare, je vis quelques fonctionnaires de la gendarmerie, et parmi eux le chef de police W***. Ils essayaient d’ouvrir une porte fermée, ce qu’ils réussirent à faire à coup de crosse. J’entendis alors un tir qui provenait de l’intérieur de la maison. Je vis comment W*** se précipita à l’intérieur et tira dans l’entrée. Il revint ensuite, il ouvrit la porte et je le vis traîner une personne. C’était une vieille dame avec un petit enfant dans les bras qui se défendait et disait : « Laissez-moi, Herr Kommissar ! » W*** saisit l’enfant, l’attrapa par les jambes, le fit voltiger plusieurs fois et lui frappa ensuite la tête contre le poteau de la porte. Ça résonna comme un pneu qui éclate. Une fois l’enfant mort, les habitants de la maison sortirent sans aucune résistance et complètement résignés. J’entendis W*** dire à ses camarades : « C’est la meilleure méthode, on doit juste le comprendre ». Après l’Aktion, W*** me rapporta les événements et mentionna aussi cet incident. Je ne crois pas qu’il savait que j’en avais été témoin. Il enjolivait le tout et se vantait des dangers sur lesquels il tombait lorsqu’il se défendait des Juifs ; les balles pleuvaient sur lui. Il en vint ensuite à l’histoire de l’enfant et je me souviens encore de sa phrase : « Vous ne savez pas comment ça pousse ! comme des vers ! » »

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