Du troc dans le ghetto de Stryi (Ukraine)

Plan du ghetto de Stryi (Source: http://edelsteins-from-stryj.info/stryj.html )

Plan du ghetto de Stryi (Source: http://edelsteins-from-stryj.info/stryj.html )

Interview de Mykhaylo I., né en 1923. Jouravné, région d’Ivano-Frankivsk, Ukraine, le 2 septembre 2013 (Yahad – In Unum/1830U).

Je suis allé dans le ghetto de Stryi. Nous étions quatre à y aller. J’avais 20 ans – non, 19 ans – lorsque je suis allé voir le ghetto. Entre mon village à Stryi, il y avait presque 40km. Nous étions quatre jeunes hommes. Nous y sommes allés, on ne nous a rien fait. Nous y allions en nous cachant des Allemands. (…) Un jour, mes copains m’ont dit : « Demain, on va à Stryi. » Ils y étaient déjà allés, pas moi. C’était la première fois pour moi. J’étais pieds nus, je n’avais pas de chaussures. Mes copains en avaient. Ils se sont habillés, ils ont mis leurs chaussures. Moi j’ai enfilé mes haillons, j’étais pieds nus. (…) J’ai pris soixante œufs et coupé des bougies. J’ai chargé tout ça sur mes épaules, ainsi que cinq kilos de beurre, et j’ai fait 40km à pied. (…) Nous sommes arrivés à Stryi. C’était à la tombée de la nuit. J’étais pieds nus. Nous avancions en file indienne pour ne pas être tous ensemble. Un Allemand a crié : « Halt ! Halt ! Halt ! » Ceux qui avaient les chaussures se sont arrêtés. Moi j’étais pieds nus. J’ai reculé. Ils [les Allemands] ont dit de leur donner tout ce qui était pour les Juifs. Ils leur ont tout pris et leur ont demandé d’en ramener encore. Moi je me suis enfui. (…)

Question: Etes-vous retourné au ghetto de Stryi par la suite?

Réponse: Oui, j’y suis retourné. (…) Quand j’allais dans le ghetto, je savais où aller et chez qui. Les Juifs passaient des commandes: apporte-nous des oeufs, du beurre, du fromage. (après réflexion) Quoi d’autre sinon? Il y n’y avait rien d’autre à la campagne.

Question: Que demandiez-vous en échange?

Réponse: Des chaussures, des sous-vêtements, des chemises. Ils donnaient ce qu’ils avaient en trop. Comme nous n’avions rien, nous en étions contents. Sinon, un kilo de beurre coûtait 40 zlotys. Sous l’occupation allemande, il n’y avait pas de marks par ici, seulement la monnaie polonaise: les zlotys. Un oeuf coûtait 3 zlotys.

Question: Où trouviez-vous toute cette nourriture?

Réponse: Chez les voisins. Il n’y avait pas vraiment de possibilité pour la vendre. A la campagne, les gens avaient des poules, des vaches, etc. Il y avait du beurre, et beaucoup de bétail (…). [Dans le ghetto], beaucoup de gens venaient à notre rencontre quand nous arrivions. La moitié du ghetto arrivait. Nous avions des choses, mais les avoir, ce n’était rien. Encore fallait il pouvoir les vendre. Nous quatre arrivions, nous prenions ce qu’on nous donnait. Les voisins restaient chez eux et étaient largement satisfaits. Car ils avaient du beurre et des oeufs mais ils ne pouvaient rien faire avec. Comme ça, ils avaient des vêtements directement à la maison. C’était bien, n’est-ce pas? C’était bien et pour eux [les Juifs] et pour nous.

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