« D’abord, ils ont fusillé les hommes… »

Site d’exécution d’Obilnoïe, région de Stavropol, Russie. (Source: Christian Monterreso/Yahad – In Unum)

Source : Archives soviétiques. Commission extraordinaire d’Etat. Fond 7021, Opis17, Delo 10.

Déposition de Stepan Vassilievitch Moudritchenko, habitant de la commune de Rojdestvenskoïé

[…] « Je travaillais à la brigade de tracteurs. Un jour, je rentrais chez moi avant la tombée de la nuit, lorsque j’ai croisé deux camions allemands et deux chariots chargés d’hommes, de femmes et d’enfants en bas âge. A côté des camions, il y avait deux officiers allemands armés en vélo et un Allemand armé à cheval. Tout à coup, j’ai entendu un avertissement : « Arrête-toi ! Où vas-tu ? Reviens ici, sinon je tire ! Range-toi sur le côté ! » Pris de peur, j’ai tourné sur le côté et je me suis jeté dans l’herbe. Les chariots et les camions sont arrivés vers le DZOT[1] et un ordre a retenti : « Descendez et ne bougez plus ! » Puis, un autre ordre : « Mettez-vous autour du DZOT ! » La nuit a commencé à tomber. Je me suis pris en main, je me suis levé et je me suis caché derrière une pente à environ 50m de là. Je me suis mis à regarder ce qu’allaient faire ces buveurs de sang avec les personnes innocentes. Ces gredins ont commencé à tirer. D’abord, ils ont fusillé les hommes ; ensuite, ils ont fusillé les femmes déshabillées. Les enfants ont été mis de côté. Une rafale pour les hommes. Une rafale pour les femmes. Quand les femmes avaient été fusillées ; les enfants se sont mis à crier auprès de leurs mères. Ensuite, ils ont amenés les enfants et ils ont commencé à les fusiller. Je suis tombé d’effroi et je ne sais plus comment j’ai couru jusqu’à mon chariot. A ce moment-là, les camarades de ma brigade ont grimpé sur le chariot, et nous sommes rentrés au plus vite chez nous. J’étais terrifié, je n’arrivais pas à supporter une horreur pareille. Je suis parti dans les champs et je ne rentrais plus chez moi dans la journée. Je n’étais pas chez moi la nuit non plus. Ces camions remplis de gens sont régulièrement revenus à cet endroit. » […]

[1] Дерево-земляная огневая точка. Blockhaus de campagne : structure en bois dont la majeure partie est enterrée.

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