Itinéraire des policiers locaux à la lumière des procès du KGB

Source : archives du Service de sécurité d’Ukraine (anciennement KGB). Affaire n°30106. Procès de 18 policiers de la ville de Radomychl, région de Jytomyr, Ukraine.

 

Interrogatoire de l’accusé Alexandre P. du 27 avril 1944. Adjoint du chef de police du district, condamné à mort.

« Dès l’arrivée des unités allemandes à Radomychl, l’habitant de la ville Alexandre V. a trahi la Patrie et s’est mis au service des Allemands. Il a été nommé chef de police de Radomychl. Il a immédiatement commencé à constituer son appareil policier en sélectionnant parmi ses connaissances et ses amis restés sur place, les gens qu’il connaissait bien et en qui il avait confiance en raison de leurs opinions antisoviétiques. »

 

Interrogatoire de l’accusé Mikhaïl G du 24 février 1944. Policier, condamné à 15 ans de travaux forcés.

« Les fusillades avaient lieu dans le bois situé à 1,5km de Radomychl, de l’autre côté du pont de Teterev. Il y avait trois fosses préalablement creusées qui mesuraient 50-60m de long, 5-6m de large et 2m de profondeur. Cela dit, je ne peux pas vraiment juger de leur profondeur, parce que quand je les ai vues elles contenaient déjà les corps des hommes, des femmes et des enfants fusillés. […]

Une fusillade se déroulait d’une manière suivante. Tout d’abord, les policiers formaient le cordon autour de l’endroit où la fusillade devait avoir lieu afin d’éviter l’introduction des personnes extérieures et d’empêcher les personnes amenées à la fusillade de s’enfuir. Après cela, les camions amenaient les personnes destinées à être fusillées. Les personnes qui allaient tirer arrivaient en même temps. La fusillade débutait dès l’arrivée du premier camion. Les personnes arrêtées étaient transportées dans 5-6 grands camions qui pouvaient contenir environ 50 personnes chacun. De plus, chaque camion faisait plusieurs allers-retours. Les personnes étaient fusillées par groupe de 10-15 personnes ; elles devaient se mettre à genoux au bord de la fosse ; tout cela devant les autres personnes amenées à la fusillade. Parmi ces dernières, on entendait des cris d’horreur et des supplications de leur garder la vie sauve. Cependant, tout cela restait sans réponse, et toutes les personnes amenées étaient fusillées au fur et à mesure. […]

J’ai personnellement participé aux fusillades pendant quatre jours, mais je ne fusillais pas, je restais dans le cordon. […] Pendant ces quatre jours de fusillades auxquelles j’ai participé, on a fusillé entre 3000 et 4000 personnes. […]

A la fin de la fusillade de masse des Juifs, les Allemands ont commencé à chercher les Juifs qui essayaient d’échapper à l’exécution en se cachant dans les maisons d’habitants de Radomychl. Dans ce but, ils ont constitué des groupes de 4-5 personnes composés de deux Allemands et des policiers. Ces groupes ont procédé aux arrestations. Quand les Allemands découvraient des Juifs, ils les arrêtaient, puis ils les transmettaient aux policiers qui les convoyaient à la police. J’ai fait partie d’un de ces groupes.

 

Interrogatoire de l’accusé Vladimir Ch. fait le 6 avril 1944. Policier, condamné à mort.

« J’avoue que, lors des interrogatoires précédents, je n’ai pas dit la vérité sur mon activité criminelle de policier, ainsi que sur ma participation à la fusillade de masse de citoyens soviétiques de nationalité juive. Voici comment cela s’est passé en réalité.

Vers le mois d’octobre 1941, tous les citoyens soviétiques de nationalité juive habitant à Radomychl, y compris les enfants, ont été rassemblés dans la cour de la police municipale pour être enregistrés. Environ 1000 personnes ont été rassemblées à ce moment-là. A la fin de l’enregistrement, on n’a pas laissé repartir les citoyens soviétiques de nationalité juive rassemblés, mais on les a emmenés en camion couvert dans le bois et on les y a fusillés. A ce moment-là, sur ordre de la gendarmerie, trois personnes dont moi Vladimir Ch., Ivan M. et R. dont je ne connais ni le prénom, ni le patronyme, sont partis dans le bois, c’est-à-dire au lieu d’exécution. Pendant la fusillade, sur ordre du chef de police municipale V., moi et M. avons déchargé les camions dans lesquels avaient été amenés les enfants. Cela s’est passé de la manière suivante. Les enfants étaient chargés dans un camion couvert dans la cour de police, puis ils étaient amenés dans le bois, au lieu d’exécution. Le camion s’arrêtait à environ 100m du lieu d’exécution à proprement parler. Nous déchargions les enfants du camion et les faisions s’asseoir dans le bois. Ensuite, V. revenait du lieu d’exécution, sélectionnait un groupe de 5-6-7 enfants, les forçait à se prendre par la main et les emmenait ainsi vers la fosse. Les enfants qui ne savaient pas encore marcher étaient envoyés vers la fosse avec leurs mères et fusillés. Ce jour-là, environ 1000 personnes dont 200 enfants ont été fusillées en tout. A la fin de la fusillade, moi et d’autres policiers avons enterré les corps. ».

 

Interrogatoire de l’accusé Alekseï Ch. fait le 17 février 1944. Policier, condamné à mort.

« Dans les premiers jours d’octobre 1941, dans le bois qui se trouve près du hameau Kelvitch et à 2-3km de Radomychl, entre 12 et 15 heures, moi et d’autres policiers […] avons participé à la fusillade de 5 enfants amenés en camion : deux filles et trois garçons âgés de 13-15 ans. Ces enfants venaient de l’orphelinat et étaient tous de nationalité juive. Outre les enfants, il y avait le policier Vladimir Ch. et deux Allemands dans le camion. […] A l’arrivée du camion, les enfants ont été déchargés, emmenés vers la fosse et fusillés. Ils ont été fusillés par les Allemands. Avant la fusillade, certains enfants ont pleuré et supplié de ne pas les fusiller en disant qu’ils étaient russes et non pas juifs. […] Deux ou trois semaines avant cet épisode, à la cour de la police, j’ai entendu Vladimir Ch. dire à l’adjoint du chef de police R. qu’il faudrait faire le « nettoyage » parmi les enfants de l’orphelinat et en retirer les enfants de nationalité juive. L’adjoint du chef de police R. lui a répondu : « Bon, d’accord ». Ch. connaissait ces enfants parce qu’il travaillait comme magasinier à l’orphelinat. »

 

Interrogatoire de l’accusé Dmitri Timofeïeivtch K. fait le 17 avril 1944. Policier, condamné à mort.

« Les policiers confisquaient les affaires de presque toutes les personnes fusillées avant de les emmener au lieu d’exécution et les entreposaient dans une cellule. Les personnes destinées à être fusillées arrivaient quasiment nues au lieu d’exécution. Après, ces affaires étaient distribuées aux Allemands, aux Allemands locaux appelés « volksdeutsche » et aux policiers.

Question : Quelles affaires volées aux personnes fusillées avez-vous reçues personnellement ?

Réponse : J’ai maintenant sur moi la veste d’hiver que j’ai prise parmi les affaires volées aux personnes fusillées. Le chef de police, V., m’a donné un manteau de femme gris en laine pour la mi-saison pour mon épouse. Beaucoup de policiers ne s’arrêtaient pas aux vêtements, mais s’appropriaient les appartements avec tous les meubles et autres biens qui s’y trouvaient et qui appartenaient aux personnes fusillées. »

 

 

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