Main d’œuvre et génocide

Extrait d’archives de la Commission Extraordinaire d’Etat soviétique

District de Tchortkiv (région de Ternopil, Ukraine)

Village de Oulakovtsy

[GARF 7021-75-14]

Déposition de Ivan Frankovitch Zioukovski

Né en 1893, réside dans le village de Oulakovtsy

Pendant l’occupation allemande du district de Tchortkov, je travaillais comme agronome dans une ferme du hameau Karolinka (commune de Iagolnitsia). 80 Juifs travaillaient jusqu’à l’été 1943 dans une parcelle de la ferme indiquée.

Au moment des récoltes et du battage, en raison du manque de travailleurs dans le village de Oulakovtsy, 25 personnes m’ont été enlevées et envoyée là-bas. Ensuite, lorsque l’on a commencé à entendre des rumeurs selon lesquelles des innocents étaient fusillés, 7 personnes ont abandonné leur poste. C’est ainsi qu’il ne m’est resté que 48 personnes.

A la fin du mois d’octobre 1941 [?], 6 hommes armés de fusils, dont 5 personnes de la police ukrainienne, sont arrivés venus me voir. L’un d’entre eux m’a demandé combien de Juifs vivaient ici. J’ai répondu 48. Il m’ ensuite demandé où ils étaient. Je lui ai indiqué la direction, mais ne suis pas allé avec eux.

Ils se sont rendus au foyer où ils se trouvaient, les ont fait sortir par familles de 2-3 personnes. Ensuite, ils les amenaient à 50-60m du foyer, les faisaient s’allonger, les mains derrière le dos. Puis, le policier ukrainien Bovk s’approchait de chacun, leur tirait droit dans la tête, si bien que la boîte crânienne sautait. C’est ainsi que 37 personnes ont péri des mains du collaborateur Vovk, 1 personne a été tuée par Volf.

Après, l’Allemand m’a demandé un seau d’eau pour se laver les mains et un bol de lait.  L’Allemand a dit aux policiers ukrainiens de ne prendre aucune affaires, cependant, chacun d’entre eux a pris de chaussures de femme, des portefeuilles, des pantalons, des chemises. Ensuite, ils ont demandé où était la cuisine pour qu’ils puissent se laver les mains, ainsi que de la vodka.

Sur les 48 personnes, 10 sont restées en vie.

Déposition de Mikhaïl Ivanovitch Kichkane

Né en 1901, paysan, réside dans le village de Oulakovtsy

De mai 1943 à janvier 1944, je travaillais comme chef de l’administration du village de Oulakovtsy.

Au mois de novembre 1943, un homme de permanence [en russe dejourny] de l’administration du district est venu me voir à l’administration du village, m’a transmis un ordre d’un autre employé de l’administration du village, selon lequel je devais mettre à disposition 13 chariots, les envoyer au bâtiment de la police. Je ne connaissais pas la raison. Ayant reçu cet ordre du chef du district, j’ai envoyé 4 employés de permanence de l’administration du village avec la liste des personnes à qui il fallait annoncer qu’elles devaient se rendre avec leur chariot au bâtiment de la police, puis je suis rentré chez moi me reposer.

Le lendemain matin, un commissionnaire [en russe posylny, équivalent de coursier] du district a accouru chez moi, m’a fait savoir qu’il fallait que je me rende au plus vite chez le chef du district. Je n’y suis pas allé immédiatement, j’ai d’abord petit-déjeuné. Dans la matinée, un autre commissionnaire est venu me voir pour me dire que je devais venir tout de suite auprès du chef du district.

Sur le chemin, j’ai croisé un homme de la gestapo et 4 policiers. Un policier m’a dit d’aller voir l’homme de la gestapo. Ce dernier m’a parlé en allemand, le policier m’a traduit en ukrainien. Il m’a dit d’aller au sovkhoze de Oulakovtsy pour enterrer des personnes fusillées. Ils ne m’ont pas dit qui elles étaient. Le policier m’a également traduit qu’elles devaient être enterrées comme il faut afin de les protéger des chiens et d’éviter les odeurs. Là, il m’a traduit que je pouvais autoriser ceux qui combleraient la fosse à prendre les vêtements et les chaussures des victimes.

En arrivant, j’ai vu que les victimes étaient des Juifs, ils avaient été fusillés derrière la cour du sovkhoze de Oulakovtsy dans et à côté la fosse d’où l’on extrayait de la pierre. Il y avait plus de 40 personnes. Elles avaient été fusillées d’une balle dans la nuque. Une fois tous les corps réunis dans la fosse, les travailleurs du sovkhoze se sont mis à la combler. Je ne connais pas les noms de ceux qui ont enterré les corps. J’étais présent en tant que chef de l’administration du village, étais responsable du rangement des corps selon l’ordre de la gestapo.

Lorsque je suis arrivé sur place, il y avait 3-4 soldats allemands qui, sur le côté, surveillaient. Je leur ai signalé qu’un homme de la gestapo avait donné la permission à ceux qui le voulaient ou qui en avaient besoin d’enlever les vêtements et les chaussures [des victimes]. Il faut cependant souligner que très peu de vêtements ont été pris, les victimes n’en ayant pas de bonne qualité. Je ne connais pas les noms de ceux qui ont emporté des vêtements, ils venaient d’autres villages.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :